1. Qu’est-ce que Samadhi ? Ses définitions. Qu’est-ce que l’Atman ?
Samadhi ou « identique au Soi » est défini comme l’absorption parfaite
de l’esprit dualiste individuel dans l’Atman, le Soi ou Adhyatma,
identique à l’Atman.
L’Atman est le Soi, l’Essence de l’Etre. L’Ame est le Soi individuel. Le
Paramatman est le Soi Supérieur au-delà de la Dualité. Pourtant
innommable et insaisissable par le langage, les écrivains et les
théoriciens ont toujours souhaité le nommer et le décrire. Cette
démarche intellectuelle est à l’origine des différentes religions sur
Terre. Cela est appelé « Brahman », « Dieu », «Shiva »…etc.
Les termes pour décrire Samadhi sont « Conscience Cosmique », « Etat de
super conscience », « La Conscience opérant avec des références
mentales », « l’Identification de l’Esprit avec la Conscience
suprême », « Etat d’union de la Conscience individuelle avec la
Conscience Cosmique ».
Samadhi est décrit comme l’état de conscience le plus élevé ou le plus
profond dans le Yoga. La cause de la pensée, le support de l’esprit
humain ne fait plus qu’un avec le Soi. C’est réaliser l’Infini dans un
corps-esprit fini. Dans le Bouddhisme, le Soi est appelé le Dharmakaya
soit la Vacuité. Toutes les expériences de l’esprit inférieur sont
abolies par l’état de Samadhi.
Cette expérience est supra-sensorielle, supra-mentale et
extra-rationnelle, le Soi étant la cause et le support des sens, du
mental, de la raison et de la conscience ordinaire.
Un état implosant de Conscience enstatique désigne un déplacement vers
l’intérieur au delà de l’esprit tamasique vers la Conscience supérieure.
Terminologie qui nous indique que ce voyage est intérieur.
Bien que la possibilité de décrire ce qui se passe dans cet Etat Unitif
Universel soit sujet à conjecture, les explications des anciens sages
nous aident à le concevoir et à partir en quête.
Le Nirvana et la transcendance de tous les états de l ‘égo, des sens et
de l’esprit, l’extinction du « moi et du mien », la réabsorption dans la
Réalité Ultime, Kaivalyam désigne l’Unité absolue tandis que Samadhi
décrit l’union ou la conjonction de l’esprit humain microcosmique avec
la Conscience Universelle macrocosmique.
Swami Gitananda considère que Samadhi n’est pas la réalisation de
l’Unité Absolue mais une étape, un membre du chemin ; où subsiste encore
une subtile dualité.
Le terme réabsorption n’est pas qu’une image : lorsque je
contemple mes chakras ou le Sans forme, je perçois une force qui
m’attire vers l’intérieur, semblable à un trou noir absorbant tout, où
tous les agrégats de mon être et les phénomènes pourraient se résorber.
Pourtant, la puissance des sens, tournée vers l’extérieur demeure plus
forte.
C’est comme une lutte entre la force gravitationnelle de la
concentration, qui nous attire à l’intérieur jusqu’à devenir un point (
le lingam ?) prêt à s’effondrer sur lui même et une force
d’extériorisation et de dispersion décadente et dégénérante. Une lutte
entre concentration et dispersion, entre vérité et ignorance, entre
réalité et illusion, entre unité et multiplicité. L’emprise de
l’ignorance et des sens est immense.
En persévérant dans ma sadhana, ce mouvement tendra à s’inverser de plus
en plus jusqu’à ce que l’esprit s’effondre sur lui-même. Peut-être
est-ce là le sens de l’« état implosant de conscience
enstatique ».
Kaivalyam décrit l’état d’un être ayant transcendé la personnalité et
intégré l’universalité. La Transfiguration est une autre expression
décrivant l’état de transcendance. Le Christ pouvait être considéré
comme un Jivan Mukti.
Guna Vitrisha est un autre des nombreux termes employés, désignant
l’état où le pouvoir derrière les sens est surmonté dans la lumière de
la Réalisation Cosmique.
2. Les Obstacles au Samadhi
Patanjali, dans les Yoga Sutra explique que le chitta, le système du mental inférieur obstrue l’évolution du mental supérieur.
Les plans mentaux ou chitta bhumi qui produisent les chitta vritti sont
au nombre de cinq :
- Kṣipta signifie littéralement dispersé, agité ou jeté
çà et là. C’est l’état d’un mental instable, dominé par le mouvement des
sens et des désirs, sans direction ni centre. La conscience est tournée
vers l’extérieur.
Se peut-il que lorsque l’on commence à expérimenter des états sattviques
et extatiques, des niveaux de conscience de plus en plus subtils, que le
mental inférieur se rebelle et engendre encore plus d’agitation ?
- Mudha signifie endormi, stupide, obscurci ou
engourdi. C’est l’état d’un mental plongé dans la torpeur, la confusion
ou l’inertie dominé par le tamas guna. La conscience est voilée.
C’est l’état qui se produit lorsque je manque de modération sur le plan
sexuel. Cela survient quand je suis en contact prolongé avec des
personnes qui ne sont pas sur un chemin spirituel.
- Vikshipta est l’état d’un mental partiellement
concentré, mais encore distrait et instable, évoluant vers la stabilité.
Pratyahara est l’antidote pour dépasser l’état de Vikshipta, stabiliser
le mental pour passer à l’étape suivante.
- Ekagra signifie littéralement « dirigé sur un seul
point ». C’est l’état d’un mental profondément concentré, à intention
unique - semblable à un faisceau laser. A cette étape, il subsiste
encore un effort de volonté donc la dualité entre un sujet qui se
concentre et un objet de concentration persiste. Cette dualité engendre
du karma donc de futurs chitta-vritti.
- Niruddha signifie littéralement « complètement
retenu ». C’est état mental dans lequel toutes les fluctuations du
mental ont cessé.
Les chitta bhumi correspondent à l’état global du mental allant d’un
état d’agitation intense à une stabilité complète.
Les chitta vritti ou les cinq modifications désignent les mouvements
internes du mental quelque soit son état. Patanjali en décrit cinq dont
Pramana, la connaissance valide. Cependant, quatre
d’entre eux font obstacle à l’expérience de samadhi :
- Viparyaya correspond à la perception erronée. Cela
peut concerner les perceptions sensorielles, les erreurs de jugements et
les fausses croyances.
- Vikalpa correspond à l’imagination, aux délires et
aux hallucinations sans fondement réel.
- Nidraa correspond au sommeil. C’est l’état où le
mental cesse toute activité consciente.
- Smriti correspond à la mémoire ou au stockage des
impressions passées et signifie littéralement « ce qui est retenu ». La
mémoire est remplie de toutes nos expériences agréables et désagréables,
de souvenirs réels et irréels. Ces impressions karmiques appelées les
samskara conditionnent nos perceptions, nos pensées et nos actes
futurs.
Dans ce cas, la mémoire est réductrice.
Bien entendu, la mémoire est un outil indispensable, tant pour la vie
quotidienne que pour l’étude et la pratique spirituelle.
Le culte de la drogue, l’approche exclusivement intellectuelle de la
spiritualité et l’extase émotionnelle sont autant d’impasses sur le
chemin de la réalisation. Le langage et les symboles de notre pensée
nous éloignent de la réalité ultime: ils ne sont que le doigt qui montre
la lune et non la lune elle-même.
3. Les moyens pour atteindre Samadhi
Après avoir énuméré les obstacles à la réalisation, nous allons
présenter les moyens permettant de contrôler le mental inférieur et de
l’atteindre :
- Les pratiques avancées du Yoga, notamment le
samyama.
- Abhyasa est une manière de pratiquer avec constance
et persévérance.
- Tapas, en tant que troisième niyama correspond à des
pratiques purificatrices du corps et du mental : la vie simple, le jeûne
rationnel, Mauna ou le voeu de silence etc
- Sadhana est une pratique régulière et soutenue dans
le but d’une réalisation.
- Pratyahara , en tant que cinquième anga, signifie
littéralement « retrait des sens ». Il consiste à diminuer
l’attachement aux objets des sens, afin de ramener l’esprit vers
l’intérieur. Il prépare à la concentration et à la méditation.
- Pramana correspond à la connaissance et la cognition
valides.
- Smriti comme fonction consciente permet
l’apprentissage, la rétention de l’information, le rappel et la
reconnaissance des données stockées.
L’application de ces moyens sont nécessaires pour produire
vairagya c’est-à-dire le non-attachement ou le
renoncement. Il existe deux types de Vairagya : l’un
Apara ou le Bhaga Vitrishna où l’on
renonce aux plaisirs sensuels mais où le désir demeure et l’autre,
Param Vairagyam ou Guna Vitrishna où
le pouvoir derrière les sens est surmonté dans la lumière de la
réalisation cosmique.
- Kriya yoga correspond à l’observance des trois
derniers niyama : tapas, swadhyaya et atman prasadam. Patanjali déclare
dans le YOGA SUTRA que le kriya yoga est un moyen pratique d’atteindre
le samadhi.
- Patanjali enseigne que l’Ishwara Pranidhana,
l’acceptation totale, constitue le chemin le plus direct vers le
kaivalya.
- Dhyana, en tant que septième anga, fait référence à
l’absorption méditative profonde dans le Soi d’où découle le
samadhi.
- Les Jnana Yoga kriya ou
Prakriya sont des pratiques de relaxation profonde qui
desserrent l’emprise du subconscient sur l’esprit actif. Elles relèvent
de la forme la plus élevée de la psychologie spirituelle. Ces techniques
offrent une alternative viable à la psychothérapie occidentale et
préparent le terrain à l’évolution spirituelle. Elles sont basés sur des
cycles de tension (spanda) et de relaxation (nispanda), qui coïncident
souvent avec les biorythmes humains.
- Dans le Mantra laya il s’agit
d’utiliser des mantras absorbants qui suppriment l’attachement et
permettent ainsi l’identification avec le Soi.
- Laya signifie littéralement fusion, absorption ou
dissolution.Les kriya et prakriya du Laya yoga ont pour
but de stimuler la montée de la kundalini en équilibrant la polarité, de
purifier les nadis et de contrôler sa circulation pour permettre à la
conscience individuelle de se fondre dans la conscience
universelle.
- Les techniques de yoga supérieures désignées par le
terme Mukti Sopana, l’échelle de la libération sont
réservées uniquement aux personnes qui se consacrent entièrement au yoga
en tant que mode vie. Ces kriyas et prakriya comprennent quatorze
pratyahara, seize jnana yoga kriyas, six laya yoga kriyas et de nombreux
mantras très profonds, particulièrement ceux qui sont utilisés dans le
mantra laya et des techniques qui éveillent, contrôlent et dirigent la
kundalini.
- La grâce du guru est une condition à la croissance
spirituelle consciente sans laquelle, elle ne pourrait avoir lieu. Ses
bénédictions et ses instructions sont les clés pour supprimer les
illusions de l’égo et atteindre la conscience cosmique. Le Guru nous
assure par son expérience universelle que nous ne faisons qu’UN à tout
moment avec le Soi suprême, mais que le corps, les sens et l’esprit
inférieur nous trompent en pensant que nous sommes une entité séparée,
l’ego. Un guru évolué peut enseigner à ses élèves des techniques
spéciales comme le hang sah kriya et d’autres kriya et prakriya
évolutionnaires. Il peut ouvrir l’élève, à la conscience cosmique, si
celui-ci le mérite, par un toucher ou un coup d’oeil.
- La confiance en soi et
l’autodiscipline sont nécessaires pour grandir dans la
vigilance, l’attention et la
pleine conscience.
4. Les différents aspects de l’esprit
Nous allons maintenant compléter la cartographie de l’esprit selon les
enseignements du Yoga. Nous avons cité les Chitta bhumi
qui sont au nombre de cinq et qui désignent les différents états du
mental allant d’un état d’agitation extrême à un état de pure conscience
: kshipta, mudha, vikshipta, ekagra et niruddha.
Nous avons ensuite décrit les chitta vritti, les cinq
modifications du mental ou six si l’on inclut shruti, pouvant être
douloureuses ou agréables, selon le temps, le lieu et la personnalité :
pramana, viparyaya, vikalpa, nidraa, smriti et shruti.
Nous allons donc conclure avec la description des états de
conscience supérieurs :
- Ichch’ha : l’état de conation et de volition, qui
produit la tendance consciente à se lancer dans des actions
positives.
- Prajnana : le processus de cognition, de conscience
et de compréhension.
- Prema ou Bhava : le sens de l’affection, du
sentiment, de l’émotion et surtout de l’amour.
Ces états de conscience supérieurs surviennent automatiquement lorsque
les activités mentales inférieures sont restreintes.
5. Les états de Samadhi et ces autres désignations
Fondamentalement, samadhi est de deux types :
- Savikalpa samadhi, un état d’Anami où la pensée peut
encore produire le doute et l’incertitude. Dans le Yoga Sutra, Patanjali
décrit cette étape comme Sabija c’est-à-dire avec graine.
- Nirvikalpa samadhi, un état d’Unmani où les modalités
de l’esprit ne se manifestent plus. Patanjali le décrit comme Nirbija,
sans graine.
Ramana Maharshi déclare sur l’autorité de Shankara dans le
VIVEKACCHUDAMANI et le DRIGDRISHYAVIVEKA que Savikalpa et Nirvikalpa ont
six étapes évolutives.
Le Sahaja Samadhi décrivant un état de samadhi naturel
du Jivana Muki est dit double aussi. Ces deux modalités sont :
- Samprajnata où le sabijika - les graines de karma -
existent toujours et peuvent de nouveau se manifester et où la dualité
« Dwaitam » persiste.
- Asamprajnata, état adwaita où les graines karmiques
sont détruites et où il y a union ou identification totale avec
Dieu.
Au sein de samprajnata Samadhi qui évoque un état de
conscience cosmique différencié et soutenu avec support c’est-à-dire
qu’il y a toujours une distinction entre le sujet et l’objet, on
distingue quatre stades :
- Savitarka signifie littéralement « avec
raisonnement ». C’est un type de concentration méditative où l’esprit
est profondément absorbé par un objet grossier incluant l’intellect et
le raisonnement.
- Nirvitarka signifie littéralement « sans
raisonnement » et désigne un stade d’absorption sur un objet grossier
sans raisonnement et sans analyse intellectuelle.
- Vichara comprend deux niveaux :
. Savichara signifie « avec investigation subtile ».
C’est un samadhi sur des objets subtils accompagné d’une réflexion
subtile.
. Nirvichara signifie littéralement « sans
investigation subtile » et désigne un état où l’esprit est absorbé par
un objet subtil sans réflexion, ni analyse.
Il est important de se rappeler que samadhi est une absorption soutenue
et sans distraction.
Samapattis est un autre terme pour désigner ces quatre
étapes selon Vijnana Bhikshu.
Vyasa et Patanjali font référence à quatre états comparables :
- Vitarka fait référence au raisonnement logique.
- Vichara correspond à la discrimination
philosophique.
- Ananda désigne l’expérience de la félicité
cosmique.
- Asmita désigne l’unité entre la conscience de l’égo
et la conscience universelle.
Vitarka est la base philosophique de l’expérience subtile et
directe.
L’Asamprajnata Samadhi est un état adwaitam, dans
lequel l’union avec dieu est totale et où toutes les graines karmiques
ont été détruites. Il comporte deux stades d’évolution :
- Bhava pratyaya
- Dans l’état appelé Upaya Pratyaya
la cause de la naissance et de la mort est détruite, le yogi est libéré
du samsara. Cependant, il peut continuer de s’incarner mais se distingue
par certaines caractéristiques décrites par Patanjali comme « un avec
la confiance en soi, la sécurité en soi, la connaissance de soi et
l’autodiscipline, attention, vigilance, une super énergie et un
formidable enthousiasme pour toute la vie ; la contemplation, la
concentration, la méditation et la conscience cosmique sont toujours
présentes.
Les termes associés aux états de conscience supérieurs :
- Sthira Prajna : l’état de conscience cosmique.
- Sthira Buddhi :l’état stable de conscience.
- Gunatita : la transcendance des guna triunes.
- Turyatita : la transcendance du quatrième état de
conscience.
- Samapatti : l’obtention des siddhis.
- Jadasamapatti : une extase corporelle.
- Kaivalya : l’Unité absolue.
- Dharmamegha : « établi dans le nuage d’un but
supérieur ».
- Jnanistam : utilisé par les Jnanis et les
Védantistes.
- Samyama, Yoganga, Yogansitam, Nistaram ou Moksha :
termes préférés par les yogis.
- Arhat ou Bodhisattva dans le bouddhisme.